Depuis sa révélation, le jeu Horses de Santa Ragione n’a cessé de faire parler de lui pour toutes les mauvaises raisons. Ce titre d’horreur psychologique dérangeant plonge le joueur dans une expérience unique, mais aussi profondément controversée. Interdit sur Steam, puis brutalement retiré de l’Epic Games Store juste avant son lancement, Horses conserve néanmoins une porte ouverte sur le PC par le biais de plateformes plus tolérantes comme GOG ou itch.io. Cette histoire met en lumière les tensions croissantes entre la prudence des grandes enseignes et le désir des studios indépendants à explorer des thèmes sombres et complexes dans le jeu vidéo.
Horses : un jeu polémique victime de la censure sur les géants du marché
Horses se démarque dès son concept : un jeune homme embauché dans une ferme isolée découvre que les “chevaux” sont en réalité des humains enchaînés, masqués et dépouillés de leur liberté. Cette atmosphère dérangeante crée un malaise que Santa Ragione exploite pour parler d’abus, de pouvoir et de soumission. Pourtant, ce parti pris artistique n’a pas trouvé grâce aux yeux de Steam. En 2023, la plateforme a rejeté net la demande de mise en page officielle, invoquant la présence présumée d’une scène mettant en cause un mineur de manière sexuelle, pourtant démentie par les développeurs après modification du contenu.
Cette décision a agi comme un premier coup dur pour le studio, illustrant parfaitement la difficulté des œuvres originales à dépasser les filtres rigoureux des standards imposés par les mastodontes du marché. Plus surprenant encore, la veille de sa sortie prévue en décembre 2025, l’Epic Games Store a à son tour censuré Horses sans avancer de précision concrète, évoquant un contenu “inapproprié” et “abusif”, et évoquant une classification ambiguë mêlant PEGI 18 et AO, contestée par Santa Ragione.
Les raisons déclarées du bannissement et leurs implications
Le refus de Steam s’est concentré sur une scène initiale où un enfant, bien habillé, est assis sur les épaules d’un des personnages-non-humains. Malgré la révision du contenu, le verdict de Valve est resté immuable. Du côté de l’Epic Games Store, le mystère est resté plus opaque, leurs arguments tournant autour des règles contre les contenus “haineux ou abusifs” sans preuve explicite. Cette double censure relance un débat essentiel : où place-t-on la limite entre liberté créative et responsabilité éditoriale ?
La classification officielle M attribuée par l’IARC à Horses tranche avec l’allégation d’Epic selon laquelle il serait un jeu classé AO, ce qui aurait justifié son retrait. Cette contradiction nourrit la méfiance quant aux critères réels appliqués, mais aussi sur la capacité de ces plateformes à accueillir des productions indépendantes osant aborder des sujets délicats.
GOG et itch.io, refuges pour Horses et ses joueurs
Face à ces obstacles, GOG a choisi une position différente, défendant l’accessibilité du jeu aux adultes en toute liberté. Le studio Santa Ragione a ainsi pu garantir une sortie officielle sur GOG et itch.io, avec une prochaine arrivée prévue sur Humble Bundle. Ce positionnement souligne un clivage marquant dans l’industrie : entre plateformes ultra-régulées et acteurs plus enclins à préserver des espaces d’expression artistique élargis.
Pour le joueur désireux de se confronter à l’expérience intense que propose Horses, cette accessibilité alternative est un véritable soulagement. En proposant le jeu pour environ 5 euros, GOG offre la possibilité de découvrir cette œuvre unique et dérangeante sans passer par les sentiers battus du marché PC standard.
Horses plonge le joueur dans un climat où chaque tâche force à affronter des choix moraux difficiles et un mal-être croissant, avec une esthétique angoissante renforcée par une narration en première personne. Pour ceux qui s’intéressent aux limites du médium, ce jeu constitue un cas d’étude fascinant sur la manière dont la provocation et la censure dialoguent aujourd’hui dans l’industrie du jeu vidéo.
Les enjeux pour le studio Santa Ragione
La double interdiction sur Steam et Epic met sérieusement en péril l’avenir du studio, qui perd ainsi l’accès à deux des vitrines les plus exposées de la scène PC. Santa Ragione insiste cependant sur l’intention critique derrière Horses, qui vise à dénoncer la cruauté et les abus plutôt qu’à les exploiter gratuitement. Ce combat met en lumière les défis auxquels sont confrontés les créateurs indépendants lorsqu’ils cherchent à traiter de sujets sombres dans un marché de plus en plus normé.
Pour les passionnés d’expériences vidéoludiques hors normes, suivre le parcours de Horses en 2026 reste un exemple poignant des tensions persistantes entre expression artistique et exigence commerciale dans les plateformes de distribution.









